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Compte rendu diagonale Hendaye Dunkerque
Réalisée du 21 au 24 août 2011
Une année 2011 bien remplie avec tout d'abord ces quatre Brevets des Randonneurs Môôndiaux, qualificatifs pour le Paris Brest Paris. Moi, ce que j'aime dans la Paris Brest, c'est le gâteau ! Sinon, ces épreuves de masse qui favorisent pour certains l'indifférence ou l'incivilité et où en définitive on roule seul (j'ai connu cela en 2007) j'ai tendance à les fuir. Et puis faire le retour par la même route qu'à l'aller, je trouve cela restrictif et dénué d'imagination ! Mais bon, il en faut pour tous les goûts, puisque certains récidives plusieurs fois. Alors oui, vive les diagonales qui offre à mon goût une plus grande liberté d'action, sont une école de débrouillardise doublé d'un cours de navigation et de merveilleux voyages.
Aussi, l'année 2011 sera celle de ma diagonale Hendaye Dunkerque.
Tout débute un dimanche 21 août, à 6h00, au commissariat de Hendaye. Le préposé pointe mon carnet et me souhaite une bonne route. Je quitte la ville pour regagner la corniche Basque et la nuit se faisant tirer l'oreille pour s'éclipser, apporte un éclat féerique au paysage qui m'entoure. Ensuite, traversée de Bayonne quasi déserte en cette heure matinale. Bref papotage tout de même avec un employé municipal affecté au nettoyage de la chaussée pour m'indiquer la direction de Urt où je dois poster ma carte de départ. En longeant l'Adour, dans cette lumière matinale, une certaine volupté me gagne. Je rejoins ensuite la ville de Dax, où j'effectue mon ravitaillement pour la journée, car je me doute que beaucoup de commerces seront fermés le dimanche. Cette année, je parviens à franchir cette RN 124 sans problème.
La veille ce fut la canicule et la météo annonce les mêmes conditions pour cette journée. Malheureusement les pronostiques s’avéreront exacts. La traversée des Landes, avec ses forêts sans âme, fut un enfer ! Le thermomètre de mon compteur oscillera durant cet après midi entre 40 et 50 °C. L'eau des bidons se réchauffe très vite et au bout d'une demi-heure ce n'est plus que de l'eau chaude, bonne pour une infusion ou un thé, mais insuffisante pour me rafraichir. Mes oasis seront les cimetières, où j'en profite pour me refroidir la tête sous le robinet. C'est important la tête, car les jambes la suivent toujours !
A Pissos, premier contrôle, et contre toute attente, un restaurant-bar est ouvert. J'en profite pour solliciter le tampon témoin de mon passage et me désaltérer d'un Perrier Menthe but d'un trait. La réaction à ce choc thermique fut une sudation impressionnante. La tenancière, sympa, me fit le plein des bidons en rajoutant quelques glaçons qui prolongeront ainsi la fraîcheur de ma boisson pour quelques dizaines de minutes.
Au village de Portel, je franchis la Garonne et commence à chercher mon hébergement du soir. Le seul qui peut m'accueillir se situe à Montguyon et il faut que j'arrive avant 21h00. Autant dire qu'il ne faut pas traîner. Là les choses se compliquent pour ma pomme. Avec cette chaleur intense, je n'ai certainement pas pu m'hydrater correctement et subit une perte importante de sels minéraux. Aussi, avec le relief qui ondule, le poids du vélo avec ses bagages, les crampes se manifestent parfois de façon douloureuse. Arrivé à Libourne j'essaye de trouver un hôtel, mais rien de disponible. Le moral en prend un coup, mais en consultant mon plan de route l'arrivée à Montguyon est encore réalisable sans trop forcer sur le bonhomme. J'y arriverai à 20h55, content de me noyer sous une douche, de m'abreuver d'une mousse bien fraîche et de m'allonger dans un bon lit. Dans ma crainte de louper l'horaire, j'ai oublié de pointer à Guîtres, pour ce 2ème contrôle. Je le valide à Montguyon avec le cachet de l'hôtelier et j'espère que les délégués fédéraux ne m'en tiendront pas rigueur.
Le lendemain, départ 4h00. La fatigue de la veille se ressent un peu mais le paysage est suffisamment joli pour atténuer mes peines. La traversée de la Charente à Barbézieux St Hilaire fut de toute beauté et j'en profite pour prendre mon petit déjeuner. La chaleur se réinvite, moins ardente toutefois que la veille, mais avec un vent qui forcit et de face. Un peu de peine sublime toujours le bonheur, me dis-je ! A Aigre, 3ème contrôle, j'en profite pour me rafraîchir d'un Perrier Menthe et la tête sous la fontaine de la place. Eh oui, encore la tête !Vient alors une dame d'un certain âge, le cigare au bec et dans un état de lucidité que je qualifie d'embrumé, me serrer la main et me souhaiter une bonne journée que je lui souhaite également. Le vélo couché pour emballer les gonzesses, y a pas mieux, me dis-je, avec une pointe de compassion pour cette personne qui doit vivre une grande solitude.
Je traverse le Poitou sans trop d'encombre et pointe à Lencloitre pour mon 4ème contrôle. Je suis en avance sur mon horaire prévu et pousse jusqu'à Vallère, en m'écartant un peu de mon itinéraire, où un hôtel peut m'accueillir. La route entre Richelieu et Azay le Rideau fut très éprouvante par son dénivelé et le vent violent qui freinait ma progression.
Mardi 23 août, réveil à 3h30. Le ciel se lézarde de quelques éclairs et le tonnerre gronde. Peu de temps après c'est un déluge d'eau. Pas bien engageant pour repartir. Je me sustente et refait mon bagage sereinement, en me disant que la pluie n'arrête pas le pèlerin. Elle cesse lorsque je sort les roues de mon hôtel. Qui dit mieux ? Je traverse la Loire à Langeais pour gagner la Chatre sur le Loir, 5ème contrôle. Je suis en terre connue, lieu de passage du BRM des 600 km. Le paysage est monotone, mais la température est redevenue normale et le vent me caresse maintenant agréablement l'échine. Je traverse Mondoubleau et sa tour qui n'a rien à envier à celle de Pise, puis pointe mon 6ème contrôle à Courville sur Eure. Ensuite j'évite Dreux par d'agréables petites routes pour rejoindre la vallée de l'Eure. Je traverse la Seine à Vernon, où j'en profite pour me ravitailler pour mon repas du soir, puis escalader une longue, très longue côte qui m'amène à Etrépagny, 7ème contrôle de mon périple. Il ne me reste plus qu'à gagner mon hébergement à Gournay, où de sympathiques hôteliers étaient prêt à m'attendre à une heure indue. J'ai même eu droit à mon premier repas chaud.
Mercredi 24 août, dernière ligne droite avant la fin de ma diagonale. Le ciel est plombé et bientôt j'ai droit à ma douche. Il en sera ainsi toute la matinée, mais cela n'affecte en rien mon moral, je suis au chaud dans mon Goretex. Je sais que sauf pépin j'arriverai dans les délais, le paysage est attrayant et j'ai toujours envie d'aller voir ce qu'il y a derrière la colline . Sans aucun doute la plus belle partie de ma diagonale. Je pointe à St Riquier mon 8ème et dernier contrôle, dans une boulangerie face à l'abbaye, sous un déluge d'eau. Un peu avant St Omer le soleil est enfin revenu, mais des travaux me font prendre la nationale et j'ai droit ainsi à ma dose d'adrénaline. Je poste ma carte d'arrivée à Bergues, au son du carillon et il ne me reste plus qu'à filer en direction du commissariat de Dunkerque, pour faire pointer mon carnet. Le soir je prendrai mon premier vrai repas, où un dos de cabillaud, accompagné de sa compotée de petit légumes, me réconcilia avec la vie.
Le lendemain, toujours pas sevré, je reprends mon vélo pour regagner ma Sologne en rattrapant les traces d'une précédente diagonale accomplie avec mon ami Jean-Pierre et ainsi ranimer d'agréables souvenirs au long de ces 500 km. La forme étant au rendez-vous, après ce passage au stand, je décide de faire le retour d'une traite, ne me posant pas trop de questions à rouler seul la nuit et même y trouver un plaisir certain. Je serai toutefois contraint, en raison de la pluie et d'un orage violent, à un arrêt prolongé sous un abri bus qui me verra m'endormir sur la banquette durant 4h00. En repartant de ce refuge je pensais avoir échapper au plus sévère de cette intempérie. Il n'en fut rien. Je me ferai copieusement rincer après quelques kilomètres. C'est dégoulinant d'eau, n'osant m'assoir sur ce siège de bar à Montereau fault Yonne que je prendrai mon café accompagné de 2 tartines beurrées. Je n'ose imaginer quelle image cet olibrius, juché sur son drôle d'engin et pédalant sous ce déluge d'eau, a pu produire sur ces clients venu licher leurs premiers canons de blanc. Certainement pas l'envie de monter sur un vélo et d'arrêter de boire !
Au final un paquet de kilomètres, des conditions météo difficiles, car entre ma première et dernière journée il y eut 33°C d'écart et un vent pas toujours conciliant, mais un beau voyage avec toujours de furtives rencontres. Quand je répondais à l'hôtelier de Gournay qui me questionnait sur les conditions de mon périple, il en concluait qu'on avait jamais l’occasion de s'arrêter pour une visite. Je me remémorai alors une phrase d'un confrère qui soulignait que les diagonales c'est le paradis des occasions manquées.
Je remercie mon épouse, pour son amour, sa patience, son abnégation à me laisser ainsi vagabonder sur les route de France.
Amitié, bisous, tendresse.
Le Pape des manivelles
Lymass
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