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La Diagonale Strasbourg - Perpignan de Pierre


    origines

    Depuis longtemps, j'ai eu une préférence pour les grandes distances à vélo. Quand j'ai découvert sur le web et sur des forums les Diagonales de France, ça m'a fait rêver tout de suite. De plus, les diagonales commencent à bien se faire connaitre dans la communauté du vélo couché: eh oui! J'utilise ce type de vélo depuis maintenant 4 ans, car le vélo droit de route me fait très mal au dos. Le vélo couché est plus aérodynamique que le vélo droit, il est donc bien adapté aux grandes distances. J'ai aussi rencontré Jean-Philippe Battu, qui a un grand charisme, dans la vie et sur internet!

    Prudemment j'avais envisagé Strasbourg- Perpignan qui me semblait plus courte et plus facile que les autres et dont je connaissais une bonne partie du parcours. Il me restait une inconnue de taille: je savais que je pouvais rouler 250 ou 300 Km dans une journée, mais je n'avais jamais enchainé de telles distances jour après jour. Comment allais-je tenir le coup?


    2 Préparatifs
    J'ai fait le parcours principalement grâce au site de l'amicale. J'ai cherché à minimiser les dénivellations et faire au plus court, quitte à prendre certaines nationales (ah! La N83!): plaine d'Alsace, parcours de Frédéric en Franche-Comté, la N83 jusqu'à Bourg, puis le nord Isère jusqu'à Vienne, la vallée du Rhône par la N86 jusqu'à Nîmes puis l'option bord de mer jusqu'à Agde avant de finir par la N9. Que du classique. J'ai aussi fait des check-lists minutieuses pour les préparatifs.

    Jusqu'au dernier moment je suis incertain. Je me souviens des galères vécues pendant les brevets de 400 et 600 quand j'étais épuisé la nuit, sans abri et que j'avais froid. Serai-je capable d'enchainer les grandes distances? La météo est aussi pour le moins incertaine. C'est pour tout cela que je n'ai pas fait trop de 'publicité' sur cette diagonale avant le départ. Deux jours avant de partir, je demande aux délégués fédéraux, Annette et Marc, le numéro à prévenir en cas d'abandon... Ils me répondent en m'encourageant. Je prends la décision définitive le Lundi 31 Aout, je prends le train le Mardi 1 Septembre. C'est parti!



    3Description



    3.1 J0: arrivée à Strasbourg
    Voyage en train sans problème. Arrivée à Strasbourg à 19h30, il pleut, il fait nuit. Pendant que je mange en terrasse, il commence à pleuvoir très fort... Aïe!



    3.2 J1: Strasbourg - Arbois
    Déjeuner vite pris, je pointe au commissariat avant 8h et c'est parti!

    Ma feuille de route est précise, je trouve bien mes repères et je prends bien la D468. Le début est grisant. La plaine d'Alsace est magnifique, la D468 est très tranquille, dès qu'on a quitté Strasbourg, c'est plat, ça roule bien, le vélo couché fait merveille sur ce terrain. Le BRA et une randonnée de cyclo-camping familial ont été une bonne préparation. Arrêt rapide à Marckolsheim pour poster la première carte de départ. Je n'arrête pas de me répéter: "le plus important n'est pas de faire 300K aujourd'hui, mais de pouvoir refaire 300K demain". En avance sur l'horaire, je me dis qu'il faut se modérer. Je me rends compte aussi que je suis un peu stressé. J'essaie de me détendre sur le vélo (facile sur un vélo couché) et de me décontracter.

    Les villages défilent, la moyenne reste bonne. Repas à Dannemarie dans un Kebab. En fait, je suis en avance sur l'horaire et je manque le SARiste Frédéric venu à ma rencontre. Nous nous appellerons plus tard dans l'après-midi. Je le remercie pour sa démarche. Le parcours jusqu'à Montbéliard (proposé par Frédéric sur le web) est magnifique. Ensuite je découvre la N83 et ses bosses jusqu'à Baume-les-Dames: c'est une suite de toboggans. Dans les descentes, j'arrête de pédaler au-delà de 40 Km/h pour m'économiser. Après Beaume, c'est le vélo-route jusqu'à Besançon. Magnifique. Je reviendrai faire du cyclo-camping familial ici.

    En fait, je suis très en avance sur l'horaire, il ne pleut pas aujourd'hui et la météo annonce de la pluie pour demain. Je décide donc de rallonger la première étape de Besançon à Arbois, soit 48 Km de plus. Je retrouve les bosses de la N83 et j'arrive à 21h en nocturne à Arbois. Hôtel confortable. Je me sens bien, mai comment sera demain?


    3.3 J2: Arbois - Saras
    Départ à 6h30. Environ 1h de route normale, puis deux heures de pluie battante sur la N83. C'est un peu le cauchemar, avec les camions qui font des gerbes d'eau, les voitures qui doublent vite. Ma veste imperméable n'a pas de rabat sur la fermeture éclair: après une heure de pluie, je suis tout mouillé. C'est dur. Heureusement, je n'ai pas trop froid, je me réchauffe en pédalant. Pendant 7 km, il y a des travaux, avec des cônes de signalisation au milieu de la route: les véhicules ne peuvent pas se déporter sur la gauche pour doubler: les automobiles me frôlent en doublant, mais les camions ne peuvent pas passer. La pluie redouble. J'entends le moteur des poids lourds rugir juste derrière moi. Quand je peux, je roule dans le bas coté pour les laisser doubler. A un moment, le goudron du bas côté s'arrête et je ne peux pas revenir sur la route car les véhicules doublent trop vite: je dois continuer dans la terre... Les descentes ne sont guère mieux. Je ne suis par rassuré, et ça freine vraiment très mal. De plus le toboggan des bosses de la N83 semble sans fin. Dur en montée, périlleux en descente.
    Arrivé à Lons-le-Saunier sous une pluie battante, je tente de démarrer à un feu rouge, mais je ne peux plus pédaler: la chaine se coince dans le dérailleur avant. Je me retrouve en roue libre. Un doute furtif m'a alors traversé l'esprit, je me suis dit "Bon il faut que quelque chose se passe, sinon je suis mal". En fait, l'attache du tube de chaine s'est détachée et le tube est venu se coincer dans la fourchette du dérailleur avant. Ca me rassure déjà car j'ai compris ce qui se passe. Toujours sous la pluie, je parviens à remettre l'attache en place. Ouf! Je dois ensuite décoincer la chaine et mes mains sont noires de cambouis. Par la suite, en voulant essuyant mes lunettes, je mets du noir dessus...
    Heureusement, la pluie cesse quand j'approche de l'Ain, et un peu après, je reçois un coup de fil d'André, un SARiste de Bourg qui vient à ma rencontre et m'offre à manger. C'est un peu l'oasis dans le désert, enfin, plutôt le port après la tempête. Arrivé chez lui, j'enlève ma veste en GoreTex pas si imperméable que ça, et il se dégage une odeur pestilentielle de chien mouillé. Heureusement, on mange dehors. Vraiment sympa cette rencontre. Ca me remonte bien le moral. Tout de suite, on se comprend très bien. André me fait un repas bien adapté, puis me remet sur la bonne route. Encore merci André, et j'espère que ton épouse se guérit bien.
    Quelques photos dans Bourg par André:
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    L'après-midi est sans problème: à partir de Chalamont, j'ai déjà roulé sur le parcours. J'aborde tout doucement la montée d'Heyrieux, et finalement cette bosse passe bien. Après Vienne, sur la N86, ça roule bien, mais les vitesses passent très difficilement, alors que le dérailleur a l'air OK. En fait, la douche du matin a dû enlever le graissage. A Saras, quelqu'un de l'hôtel me prête de la WD40 que j'utilise en abondance sur chaine, pignons et dérailleurs. Le lendemain, ça marche impeccable. Un bon point à savoir pour les diagonalistes.
    A Saras à l'hôtel, je suis vraiment fatigué. Les appels d'Alex et de ma famille me réconfortent. Je commence à avoir une douleur à la cheville, à l'arrière, près du tendon d'Achille, mais ce n'est pas le tendon d'Achille.


    3.4 J3: Saras - Vias
    Comment j'étais très fatigué, et que je n'étais pas autonome pour le petit-déjeuner (une erreur...!), j'attends 6h15 pour le prendre à l'hôtel. Ensuite, je constate que j'ai une roue à plat, alors que le vélo était dans le garage de l'hôtel... Je répare, ça prend environ 20 minutes de plus. Avec tout ça, je parts bien en retard et le stress augmente. Pause au Teil, repas rapide pizzas à Pont-Saint-Esprit avant les bosses de la journée. En fait, j'ai bien digéré la pizza, et je suis en forme l'après-midi. Je sais qu'après la bosse de Remoulins, c'est la Camargue, c'est tout plat et je vais bien rouler.

    Enfin c'est ce que je croyais.

    Un peu après Margueritte, un vent violent d'Ouest se lève. Rafales à 90 Km/h. Rouler avec le vent de travers devient un subtil exercice ce pilotage. Je fais des gros écarts. Je roule à 20-25 avec le vent de côté et à 15-20 avec le vent de face. Pour le même effort, je pourrais rouler à 30 Km/h sans vent... Avant Lunel, je dois freiner et mettre pied-à-terre pour résister à une rafale, dans le vacarme assourdissant du Mistral dans les platanes. Le vent violent, même latéral, est très pénalisant pour la vitesse, les forces et le moral.

    J'ai choisi l'option bord de mer. La côte est dégagée, et je dois rouler environ 100 Km avec le vent de face ou de côté. Moralement c'est dur, on a l'impression de ne pas progresser. Je suis à peine dans les temps de ma feuille de route, alors que je pensais prendre de l'avance sur le plat. Après des heures, on a l'impression d'être étourdi, abruti par le vent et le bruit. Près de Sète, je vois des planches à voile qui vont nettement plus vite que les voitures.
    J'arrive vers 21h30 à Vias. Je suis vraiment fatigué. La douleur à la cheville à bien augmenté. Tous mes muscles sont aussi fatigués. Puis je reçois des appels qui me réconfortent: Anne qui s'inquiétait et Mireille qui m'attendra demain après Salses, mais elle n'a pas de mobile pour m'appeler sur la route. J'envoie un SMS à Alex (il est tard) et je m'écroule dans le lit.


    3.5 J4: Vias - Perpignan
    Je me lève, j'ai les jambes bien lourdes, j'ai sommeil, je commence vraiment à ressentir la fatigue accumulée, les muscles endoloris. 6h30: c'est parti. Je remarque bien le canal du midi, que nous avions parcouru en randonnée familiale. Toujours du vent. Thé chaud à Narbonne. Mireille m'a prévenu qu'il y a quelques bosses après Narbonne, donc prudence. En sortant de Narbonne, pour la première fois, je vois une indication "Perpignan". Ca fait toujours une émotion. Finalement, je ne vais pas très vite, mais je progresse régulièrement. Le stress monte un peu. Je regarde souvent le compteur, les kilomètres et l'heure. Ne pas forcer. Suivre son rythme toujours, même si cette bosse semble longue.

    Un peu avant Perpignan, j'ai l'impression de prendre ma revanche. Après une crête, le vent a tourné au Nord, la route aussi. Vent dans le dos, je roule 10 Km sur le grand plateau. Ca redonne (peut-être) des forces et (surtout) le moral.

    Petit à petit, vient ce sentiment confus "qu'il ne peut plus rien arriver", "que maintenant je vais aller au bout". Rester calme. Ne pas stresser. Ne pas crever! Je vois un panneau "Perpignan 34 Km". Puis vers 11h, je vois le panneau "Salses". C'est ici qu'il faut quitter la N9 pour prendre les petites routes. Arrêt rapide, expédition de la carte postale (j'avais vraiment peur de l'oublier celle-là!).

    Je repars vers St Hippolyte sur une petite route. Sur une ligne droite, je vois une voiture arriver vite en face. Je remarque aussi un 'machin' sur le côté gauche. Avec les lunettes de soleil et ma vue faible, je ne distingue pas bien les détails, surtout que la voiture arrive vite. Tiens, on dirait que le machin a un tissu par-dessus. Il a l'air assez bas. La voiture passe vite et je découvre Mireille qui fait des grands signes près de son vélo couché.

    Rencontre. Bavardage rapide. Emotions ++, moral ++++. J'ai alors l'impression d'être déjà arrivé. Je ne cherche plus mon chemin et nous roulons ensemble dans les routes, les pistes puis les rues de Perpignan. Que du bonheur. Arrivée à l'hôtel de Police, où les préposés semblent mieux connaitre les diagonales qu'à Strasbourg.

    Dans les rues de Perpignan, on ne passe pas inaperçus, mais on a l'habitude. Repas en face de la gare de Perpignan, "le centre du monde" selon Dali. Nous bavardons bien et je prends le TER de 16h30. Un grand merci, Mireille, pour ton accueil et ce moment d'amitié partagée. Arrivée à Grenoble vers 22h00. Joie des retrouvailles familiales. Je suis vraiment fourbu et profondément fatigué. Je vais avoir besoin d'une certaine période de repos. Il va aussi falloir soigner la douleur persistante à la cheville.

    Quelle aventure intense! Que de souvenirs!



    4A retenir
    J'ai pu surmonter mon principal souci: enchainer les longues distances sur plusieurs jours consécutifs. Néanmoins, je ressens une profonde fatigue accumulée et j'ai besoin de repos. Ce qui aurait pu m'empêcher de continuer c'est la douleur à la cheville. Je ne sais pas comment prévenir ce genre de douleur.

    L a diagonale est vraiment un exercice où il faut gérer tous les paramètres: la forme, la soif, la faim, l'itinéraire, les douleurs, les sensations, les retards, les problèmes, la météo,...

    Je regrette de ne pas avoir pris plus de photos de tous ces paysages magnifiques. En fait j'étais un peu stressé par le programme à tenir. Il faudrait aussi un appareil à portée de main dans la poche: s'il faut s'arrêter et ouvrir les sacoches, on le fait moins facilement.

    Je suis globalement satisfait de l'itinéraire choisi. Quelques améliorations possibles:
    - On peut peut-être utiliser d'avantage la vélo-route EV6, peut-être à partir de Dannemarie, surement à partir de Clairval. A vérifier.
    - Selon André, il existe des alternatives à la N83 dans le Jura passants plus à l'Ouest
    - L'option bord de mer est sympa mais il y a beaucoup de voies rapides type 2x2 voies et les pistes cyclables, quand elles existent, ressemblent à des parcours d'obstacles.


    Mon organisation pratique a été globalement satisfaisante, mais, sans trop rentrer dans les détails, certains points pourraient être améliorés:
    - Avoir un imperméable dont la fermeture éclair est étanche
    - Etre autonome pour le petit déjeuner
    - Envisager un mini aérosol d'huile pour chaine
    - Un GPS pour traverser les villes?
    - Améliorer l'éclairage avant


    5Et maintenant...
    Il me reste des souvenirs pleins la tête. Une aventure fascinante. Je me souviens de cette question sur un forum: "mais pourquoi faites vous des grandes distance à vélo?". Une des réponses disait: "dans le monde bureaucratique dans lequel nous vivons, c'est un des seuls espaces qui restent pour des grandes aventures humaines". J'adhère totalement à ce point de vue.


    Et vous aussi alors: prêts pour votre prochaine diagonale, ou tout simplement votre prochaine aventure?




    Pierre Cuvillier
    7 Septembre 2009



le 09 septembre 2009 par Lymass




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